
Il y a des décisions qu’on remet toujours à plus tard. La succession en fait souvent partie. Et pourtant, 70 ans, c’est une date qui compte vraiment sur le plan fiscal. Certains avantages disparaissent, certaines économies deviennent impossibles. Voici ce qu’il faut savoir, et surtout ce qu’il faut faire.
Pourquoi 70 ans est une date charnière pour votre succession ?
| Ce que vous faites | Avant 70 ans | Après 70 ans |
| Versements sur une assurance vie | Chaque bénéficiaire reçoit jusqu’à 152 500 € sans payer d’impôt | Abattement réduit à 30 500 € au total pour tous les bénéficiaires réunis |
| Donation de la nue-propriété d’un bien (donner un bien tout en le gardant) | La valeur fiscale est calculée à 60 % de la valeur réelle (entre 61 et 70 ans) | La décote diminue, ce qui augmente les droits à payer |
| Don familial d’argent | Exonération jusqu’à 31 865 € en plus des autres abattements | Toujours possible, mais uniquement avant 80 ans |
En clair, plus on attend, plus la note est salée pour ceux qu’on laisse derrière.
L’assurance vie : pourquoi verser avant 70 ans, pas après
Ce que signifie concrètement l’abattement de 152 500 €
L’assurance vie est l’outil numéro un pour transmettre un patrimoine en France. Et la règle d’or, c’est celle des 70 ans. Tant que les versements sont effectués avant cet anniversaire, chaque personne désignée comme bénéficiaire (enfant, proche, ami) peut recevoir jusqu’à 152 500 € sans payer un centime d’impôt au moment du décès. Ces sommes passent en dehors de la succession classique, ce qui évite toute une série de frais et de taxes, dont la question de savoir s’il faut payer les droits de succession avant d’hériter du reste du patrimoine.
Un exemple chiffré pour comprendre l’écart entre avant et après 70 ans
Voici un cas concret. Un parent verse 300 000 € sur son assurance vie avant ses 70 ans, avec deux enfants comme bénéficiaires. Chaque enfant reçoit 150 000 €. Comme ce montant est inférieur à l’abattement de 152 500 €, ils ne paient aucun impôt. Si ce même versement avait été fait après 70 ans, l’abattement total serait de 30 500 € partagé entre les deux enfants. Le reste aurait été soumis aux droits de succession habituels, pouvant aller de 20 à 31,25 % selon les montants. La différence est considérable.
La donation de son vivant : peut-on donner sans payer d’impôts ?
Oui, et dans des proportions qu’on sous-estime souvent. La loi permet à chaque parent de donner de son vivant sans déclencher la moindre taxe, dans certaines limites bien définies. Ce qu’il est possible de transmettre sans payer un centime :
- Jusqu’à 100 000 € par enfant, renouvelable tous les 15 ans (cet abattement s’applique à tout âge, mais agir tôt permet de renouveler le compteur une fois de plus avant le décès)
- Jusqu’à 31 865 € supplémentaires sous forme de dons d’argent (virement bancaire, chèque ou espèces), uniquement si le donateur a moins de 80 ans
- Ces deux abattements sont cumulables : un parent peut donc transmettre jusqu’à 131 865 € à un enfant sans aucune fiscalité
Un couple avec deux enfants peut ainsi transmettre jusqu’à 263 730 € en totale exonération de droits, à condition d’agir avant 80 ans. Et si le compteur des 15 ans a déjà tourné une fois, il repart à zéro.
Depuis le 1er janvier 2026, les dons d’argent (virements, chèques, espèces) doivent obligatoirement être déclarés en ligne sur impots.gouv.fr dans le mois qui suit le don. Ne pas le faire expose à un redressement fiscal en cas de contrôle ou au moment de la succession.
Le démembrement de propriété : donner un bien tout en le gardant
C’est une technique très utilisée par les notaires, et souvent mal comprise. Le démembrement de propriété, c’est le fait de découper un bien en deux parties distinctes. D’un côté, la nue-propriété (la propriété future du bien). De l’autre, l’usufruit (le droit de continuer à l’utiliser ou à en percevoir les loyers), un mécanisme que l’on retrouve aussi dans certaines configurations de succession avec usufruit impliquant un conjoint survivant.
Ce que permet concrètement le démembrement avant 70 ans :
- Les parents donnent la nue-propriété du bien à leurs enfants, tout en conservant l’usufruit jusqu’à leur décès
- Les parents continuent d’habiter le logement ou d’en percevoir les loyers sans aucun changement dans leur quotidien
- Au décès des parents, les enfants récupèrent automatiquement la pleine propriété du bien, sans payer de droits de succession supplémentaires, même s’ils devront ensuite tenir compte de la plus-value immobilière après une succession en cas de revente
- Avant 70 ans, la valeur fiscale de la nue-propriété est calculée à 60 % de la valeur totale du bien, ce qui réduit la base sur laquelle les droits sont calculés
Un exemple simple. Un bien vaut 200 000 €. Avant 70 ans, la nue-propriété est évaluée à 120 000 € pour le calcul des droits. Avec l’abattement de 100 000 € par enfant, les droits à payer sont très faibles, voire nuls. Après 70 ans, la décote diminue, et la facture monte.
Peut-on encore optimiser sa succession après 70 ans ?
Oui, mais avec moins de marge de manœuvre. L’abattement de 100 000 € par enfant reste disponible quel que soit l’âge, et le démembrement reste pertinent jusqu’à 80 ans. L’assurance vie ouverte après 70 ans garde aussi un intérêt, notamment parce que les intérêts générés après cet âge restent totalement exonérés de droits de succession. Mais dans l’ensemble, les leviers les plus puissants sont ceux qu’on active avant le cap des 70 ans.
Faut-il passer par un notaire pour toutes ces démarches ?

Ce que le notaire fait obligatoirement
Pour certaines démarches, le notaire est indispensable. La donation en démembrement d’un bien immobilier, par exemple, doit obligatoirement passer par un acte notarié. Idem pour une donation-partage, qui permet de répartir ses biens entre plusieurs enfants de façon équitable et définitive, en figeant la valeur des biens au jour de la donation.
Ce qu’un conseiller en gestion de patrimoine peut apporter en plus
Le notaire s’occupe du juridique. Le conseiller en gestion de patrimoine, lui, s’occupe de la stratégie globale : quel outil choisir, dans quel ordre, pour quel objectif. Il peut notamment aider à combiner assurance vie, donation et démembrement pour construire une transmission cohérente et optimisée. Les deux professionnels sont complémentaires, pas concurrents.
Les erreurs les plus fréquentes à éviter avant 70 ans :
- Oublier de mettre à jour la clause bénéficiaire de son assurance vie (un ex-conjoint toujours désigné, c’est un problème réel)
- Ne pas déclarer les dons manuels à l’administration fiscale dans le délai d’un mois
- Croire qu’il est trop tôt pour s’en préoccuper à 60 ans (alors que le compteur des 15 ans tourne déjà)
- Attendre un problème de santé pour agir, car certains actes peuvent être contestés si l’état mental ou physique du donateur est jugé dégradé au moment de la signature
