En France, il n’existe pas de part universelle pour le conjoint survivant. Tout dépend de la composition de la famille, du régime matrimonial et de l’existence ou non d’une donation au dernier vivant. Voici les vrais chiffres, situation par situation, sans détour.
Le conjoint est-il toujours considéré comme héritier en France ?
Oui. Ce n’a pas toujours été le cas. Avant la loi du 3 décembre 2001 relative aux droits du conjoint survivant, certaines configurations familiales permettaient au conjoint de ne rien recevoir du tout. Depuis cette réforme majeure, le conjoint marié est officiellement reconnu comme héritier légal, quelles que soient les circonstances familiales. C’est une protection fondamentale que les autres membres de la famille ne peuvent pas retirer.
C’est quoi la différence entre usufruit et pleine propriété dans une succession ?
Ces deux notions reviennent sans cesse dans les successions. Mal les comprendre, c’est risquer de faire le mauvais choix au moment crucial.
La pleine propriété signifie que l’on est propriétaire complet d’un bien, avec tous les droits qui en découlent. On peut le vendre, le donner, le transformer, le louer. La nue-propriété représente le titre de propriété du bien, sans le droit de l’utiliser. L’usufruit représente le droit d’utiliser un bien et d’en percevoir les revenus (comme les loyers), sans en être propriétaire au sens plein du terme.
Pleine propriété = nue-propriété + usufruit réunis. Cette mécanique se retrouve très concrètement dans des situations familiales complexes, par exemple lorsqu’une belle-mère vivante usufruit coexiste avec des enfants devenus nus-propriétaires.
Ce que peut et ne peut pas faire le conjoint usufruitier au quotidien
- Il peut occuper le logement familial sans limite de durée
- Il peut mettre le bien en location et encaisser les loyers
- Il ne peut pas vendre le bien sans l’accord des nus-propriétaires (généralement les enfants)
- Il ne peut pas transmettre l’usufruit à une autre personne dans son propre testament
- Il peut réaliser des travaux d’entretien courant, mais les grosses réparations incombent aux nus-propriétaires
Quelle part reçoit le conjoint survivant selon la composition de la famille ?
| Situation familiale | Part en pleine propriété | Part en usufruit | Remarque importante |
| Enfants communs uniquement | 1/4 (au choix du conjoint) | Totalité (au choix du conjoint) | Le conjoint choisit l’option la plus adaptée à sa situation concrète |
| Au moins un enfant d’un autre lit | 1/4 obligatoirement | Non applicable | L’option usufruit total est impossible dans ce cas |
| Aucun enfant, deux parents en vie | 1/2 | Non applicable | Chaque parent reçoit 1/4 de la succession |
| Aucun enfant, un seul parent en vie | 3/4 | Non applicable | Le parent survivant reçoit le 1/4 restant |
| Aucun enfant, aucun parent en vie | Totalité | Non applicable | Le conjoint hérite de l’intégralité du patrimoine |
Le régime matrimonial influence-t-il la part du conjoint survivant ?
Oui, de façon significative. Le régime matrimonial ne modifie pas les pourcentages ci-dessus, mais détermine sur quel patrimoine ces pourcentages s’appliquent. En régime de communauté réduite aux acquêts (le régime légal par défaut), la moitié des biens communs revient automatiquement au conjoint survivant avant même d’ouvrir la succession.
Les règles légales ci-dessus s’appliquent ensuite sur la moitié restante seulement. En séparation de biens, seuls les biens propres du défunt entrent dans la succession. Si ces biens sont peu nombreux, la part concrète du conjoint peut être bien plus faible en valeur absolue.
Une donation au dernier vivant peut-elle augmenter cette part ?

Oui, et c’est précisément l’objectif de cet acte. La donation au dernier vivant permet de dépasser les limites légales pour mieux protéger le conjoint survivant.
La quotité disponible spéciale entre époux
La quotité disponible est la portion du patrimoine que l’on peut léguer librement sans empiéter sur la part minimale garantie aux enfants (appelée réserve héréditaire).
La loi permet aux époux d’augmenter les droits de leur conjoint en lui attribuant la totalité de cette quotité disponible, au-delà de ce que la loi prévoirait sans cet acte.
Cette réserve héréditaire est justement ce qui rend impossible de déshériter un enfant en France, même en voulant avantager son conjoint survivant.
L’option pour l’usufruit de toute la succession
Grâce à la donation au dernier vivant, le conjoint survivant peut recevoir l’usufruit de l’intégralité de la succession, y compris la part normalement réservée aux enfants. Les enfants deviennent alors nus-propriétaires. Ils ne touchent à rien tant que le conjoint est en vie, mais récupèrent la pleine propriété à son décès.
L’option pour la pleine propriété d’une fraction du patrimoine
Le conjoint peut également choisir de recevoir la pleine propriété d’une fraction libre du patrimoine. Cette fraction varie selon le nombre d’enfants présents : jusqu’à la moitié avec un enfant, jusqu’au tiers avec deux enfants, jusqu’au quart avec trois enfants ou plus.
Un testament peut-il réduire ou supprimer la part du conjoint survivant ?
Oui partiellement, mais jamais totalement. Le conjoint dispose de droits légaux que même un testament ne peut pas effacer. Notamment le droit temporaire au logement pendant un an et ses droits successoraux légaux minimum.
Ce qu’un testament peut ou ne peut pas faire concernant les droits du conjoint
- Un testament peut réduire la part du conjoint en attribuant la quotité disponible à d’autres personnes (enfants, amis, associations)
- Un testament ne peut pas priver le conjoint de son droit au logement temporaire d’un an
- Un testament peut nommer un légataire universel autre que le conjoint, dans les limites légales
- Un testament ne peut pas supprimer les droits légaux fondamentaux du conjoint protégés par le Code civil
Le conjoint survivant est-il exonéré de droits de succession ?
Oui. Depuis la loi TEPA du 21 août 2007, le conjoint marié ne paie aucun droit de succession, quel que soit le montant reçu. C’est une exonération totale et sans plafond.
Ce que cette exonération couvre, et ses limites pratiques
- Elle s’applique à tous les biens reçus dans la succession, sans aucun plafond de valeur
- Le partenaire pacsé bénéficie du même régime d’exonération depuis cette même loi de 2007
- Le concubin, en revanche, ne bénéficie d’aucune exonération et peut être imposé jusqu’à 60 % sur les biens reçus, ce qui représente une différence fiscale considérable
Quelle est la différence entre les droits du conjoint marié et ceux d’un partenaire pacsé ?
Les droits fiscaux, identiques depuis 2007
Sur le plan fiscal, le conjoint marié et le partenaire pacsé sont logés à la même enseigne depuis la loi TEPA du 21 août 2007. Tous les deux sont exonérés de droits de succession sur les sommes reçues, sans limite de montant.
Les droits successoraux légaux, radicalement différents
Sur le plan des droits successoraux en revanche, la différence est fondamentale. Le conjoint marié est un héritier légal depuis la loi du 3 décembre 2001, c’est-à-dire qu’il reçoit automatiquement une part de la succession même sans testament.
Le partenaire pacsé n’est pas héritier légal. Sans testament, il ne reçoit absolument rien, quel que soit le patrimoine du défunt. Rédiger un testament est donc indispensable pour protéger un partenaire pacsé.
Quelles démarches pour faire valoir ses droits en tant que conjoint survivant ?
Plusieurs étapes doivent être suivies dans un ordre précis après le décès. La première est de contacter un notaire pour ouvrir la succession, idéalement dans les premières semaines.
Le notaire effectuera une recherche dans le fichier central des dispositions de dernières volontés (FCDDV), le registre national où sont enregistrés testaments et donations. Si une donation au dernier vivant ou un testament existe, il le retrouvera. Le conjoint doit ensuite exprimer son choix (usufruit ou quart en pleine propriété) et revendiquer ses droits sur le logement si besoin.
La déclaration de succession aux impôts doit être déposée dans les six mois suivant le décès. Passé ce délai, des majorations s’appliquent automatiquement. Dans tous vos échanges écrits avec cet officier public, veillez à respecter la formule de politesse pour un notaire, qui reste un usage strict en matière successorale.
