
Les mois passent. Le notaire ne répond plus aux appels, les courriers restent sans suite, et la succession n’avance pas. Cette situation génère une angoisse bien réelle, d’autant qu’il est difficile de savoir si le problème vient du notaire lui-même ou du dossier. Avant de paniquer ou d’accepter l’immobilisme, il faut savoir qu’il existe des recours précis, progressifs et parfois très efficaces.
Combien de temps dure normalement une succession ?
Il n’existe pas de délai légal universel. Une succession simple (peu d’héritiers, pas de bien immobilier, pas de conflit) peut se régler en 6 à 12 mois. Une succession plus complexe (bien immobilier, héritiers multiples, dettes, testament contesté) peut s’étirer sur plusieurs années.
Ce qui est certain, c’est que la loi impose un dépôt de la déclaration de succession auprès des impôts dans les 6 mois suivant le décès (12 mois si le défunt vivait à l’étranger). Passé ce délai, des pénalités fiscales commencent à courir — une raison supplémentaire de ne pas laisser le dossier s’enliser, notamment parce que les droits de succession ne peuvent être calculés et réglés qu’une fois la déclaration déposée.
Le notaire a-t-il une obligation légale de répondre ?
Pas de délai légal précis pour chaque acte, non. Mais le notaire est soumis à une obligation de diligence : il doit traiter les dossiers dans un délai raisonnable et tenir informées les parties concernées. Cette obligation découle de son statut d’officier public et de ses règles déontologiques. Le silence prolongé, les relances ignorées, les délais excessifs sans explication constituent des manquements professionnels qui ouvrent des recours concrets contre lui.
Le blocage vient-il du notaire ou du dossier lui-même ?
C’est la première question à se poser honnêtement, parce que la réponse change tout à la stratégie.
Les signes que le problème vient du notaire
Certains indices pointent clairement vers une inertie imputable au notaire :
- Il ne répond ni aux appels téléphoniques ni aux courriers depuis plusieurs semaines ou mois
- Aucune demande de pièces complémentaires n’est parvenue alors que le dossier semble complet
- D’autres héritiers constatent la même absence totale de communication
- Le délai de 6 mois pour la déclaration de succession approche sans qu’aucune démarche n’ait été entamée
Les causes liées au dossier lui-même
Dans d’autres cas, la lenteur est objective et tient à des éléments sur lesquels le notaire n’a pas de prise directe. Un héritier introuvable ou qui refuse de signer, des biens à l’étranger à évaluer, un testament contesté, des dettes à clarifier ou des comptes bancaires qui tardent à répondre : tout cela ralentit légitimement le traitement du dossier. Dans ce cas, le notaire doit malgré tout tenir les héritiers informés régulièrement de l’état d’avancement.
Première démarche concrète : la mise en demeure
Si les relances informelles restent sans résultat, il faut passer à l’écrit formel. Une lettre recommandée avec accusé de réception doit être envoyée au notaire. Cette mise en demeure doit être sobre, factuelle et ferme.
Ce que doit contenir ce courrier :
- Le rappel des dates des précédentes tentatives de contact (appels, courriers, mails)
- La liste des actes qui auraient dû être accomplis et ne l’ont pas été
- La mention explicite qu’un recours à la Chambre des notaires est envisagé
- Un délai de réponse raisonnable (8 à 15 jours généralement)
Cette lettre a souvent un effet immédiat. Un notaire qui sait que sa responsabilité est formellement engagée relance presque toujours le dossier.
Peut-on saisir la Chambre des notaires ?

Oui, et c’est la deuxième étape si la mise en demeure reste sans effet. Chaque département dispose d’une Chambre départementale des notaires (parfois interdépartementale), organisme professionnel chargé de veiller au bon exercice de la profession. Elle peut être saisie par lettre recommandée en exposant les faits, les démarches effectuées et les relances sans réponse.
La Chambre peut contacter le notaire pour lui rappeler ses obligations, diligenter une inspection du cabinet ou, dans les cas graves, prononcer des sanctions disciplinaires. Elle peut aussi faciliter le transfert du dossier vers un autre notaire.
Le médiateur du notariat, une voie moins connue
Il existe un médiateur du notariat, instance indépendante créée pour résoudre les litiges entre notaires et particuliers sans passer par les tribunaux.
Comment saisir le médiateur
La demande peut être faite en ligne, par mail ou par courrier postal auprès du médiateur du notariat. Attention : avant de le saisir, une réclamation écrite doit avoir été adressée au notaire lui-même. Si ce dernier ne répond pas dans les 2 mois ou refuse d’y donner suite, la saisine du médiateur devient possible. Le délai maximum pour saisir le médiateur est d’1 an à compter de l’envoi de la réclamation initiale au notaire.
Ce à quoi on peut s’attendre
La médiation est confidentielle et gratuite. Elle débouche souvent sur une solution amiable : déblocage du dossier, engagement du notaire sur un calendrier, parfois dédommagement. Ce n’est pas une procédure judiciaire, mais elle est prise au sérieux par les professionnels concernés.
Est-il possible de changer de notaire en cours de succession ?
Oui, c’est possible, et cela ne génère généralement pas de frais supplémentaires. Mais l’unanimité des héritiers est requise, ce qui peut bloquer la démarche si l’un d’eux s’y oppose.
Faut-il faire appel à un avocat ?
Pas systématiquement, mais il y a des situations où c’est clairement indispensable. Quand les recours amiables et disciplinaires ont échoué, quand la succession est bloquée depuis plus d’un an sans raison objective, quand un héritier bloque le processus de façon délibérée ou quand une faute du notaire a causé un préjudice financier mesurable, l’avocat spécialisé en droit des successions devient la bonne option.
Situations qui justifient de consulter un avocat :
- La déclaration de succession est en retard et des pénalités fiscales s’accumulent
- Un héritier bloque la procédure de façon systématique et de mauvaise foi
- Le notaire a commis une erreur ou une omission qui a causé un préjudice réel
